Changement organisationnel, changement culturel ? Repères pour l’intervention ergonomique

Synthèse
Par Adelaïde Nascimento
Afin de conduire des changements organisationnels d’envergure, la notion de culture a été fréquemment instrumentalisée par la gestion dans sa version fonctionnaliste et normative. Sans changement culturel, pas de stratégie qui tienne la route, c’est ce qu’il faut comprendre de la fameuse phrase de Peter Drucker « Culture eats strategies for breakfast, lunch and dinner ». L’ergonomie a jusqu’ici beaucoup contribué aux questions relatives à la conduite du changement organisationnel, mais a moins souvent pris comme objet d’analyse l’instrumentalisation de la notion de culture et notamment celle de culture organisationnelle dans la conduite de ces changements. En effet, même si de nombreux ergonomes s’accordent à reconnaître les liens entre activité et culture, la définition et le statut de la notion de culture du point de vue de l’ergonomie francophone a fait l’objet de peu de formalisations à ce jour, malgré un intérêt manifeste dans les disciplines voisines comme la sociologie ou la gestion. L’objectif de cet article de synthèse est de proposer des repères théoriques pour ce qui pourrait constituer un positionnement critique de l’ergonomie sur la question spécifique du développement culturel lorsque celui-ci se présente dans l’intervention comme une forme de « changement culturel » pensée par les gestionnaires et découlant d’un projet technocratique de changement organisationnel. Les apports des théories historico-culturelles russes de la « troïka » Vygotiski-Leontiev-Luria et de la psychologie culturellement orientée de Jerome Bruner et Michael Cole sont proposées dans ce texte comme des ressources fortes pour orienter les demandes ergonomiques concernant le développement culturel au travail.
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